La Maison du Bèlè, lieu de mémoire ?

Les débuts

Au début des années 2000, Guy Lordinot, Maire de Sainte-Marie, décide que la Ville doit avoir  un lieu dédié aux dépositaires d’un art ancestral. Sainte-Marie compte une dizaine de septuagénaires passés maîtres dans l’art du chant, du tambour ou de la danse. Le premier magistrat juge fondamental qu’ils soient connus et reconnus comme experts dans leur art et qu’un lieu leur soit dédié. Un lieu où les connaissances des maîtres seront transmises et consignées. Il fait appel à Dalila Daniel pour mettre en place l’exposition « Les grandes figures du Bèlè ». On y découvre les grandes familles du bèlè samaritain.

Après le départ de Dalila Daniel, j’interviens fin 2003 pour proposer un projet de développement pour le lieu, dans le cadre de mon stage de fin d’études en montage de projets culturels. Je rencontre  les intéressés, les associations de bèlè de l’île, les associations de la Ville, les élus et décideurs de l’île… Et je propose un projet à la Ville de Sainte-Marie qui est décidée à faire de la Maison du Bèlè un projet phare de sa politique. 

2004-2008 : la montée en puissance du lieu

La Maison du Bèlè est un lieu de transmission avec des cours, des visites de l’exposition permanente, des rencontres organisées autour des maîtres du bèlè. Ces derniers témoignent et participent aux activités du lieu. C’est aussi un lieu de création et d’échanges artistiques : les résidences d’artistes permettent au bèlè de se confronter à d’autres traditions à base de tambour et de danse venues de plusieurs régions du globe. C’est un lieu de diffusion d’autres formes d’art : théâtre, cinéma, conte, débats… C’est un lieu de mémoire. Une institution culturelle avec laquelle la Martinique compte, tout comme le reste du monde. C’est le lieu de naissance du Festival de musiques du monde Bèlè Mundo. 

L’équipe municipale en place y consacre, pendant les cinq années de ma présence, un peu moins d’un million d’euros. Un investissement colossal dans un projet auquel les élus ont cru et auquel la population a adhéré. Dès 2006, le lieu est victime de son succès et les réservations des écoles et autres centres de loisirs doivent se faire très tôt pour espérer avoir une occasion de visiter le temple du bèlè et ses monuments vivants. Les soirées sont la plupart du temps couronnées de succès et très prisées.

2008 : le début de la fin

Lorsque Bruno Nestor Azérot conquiert la mairie de Sainte-Marie, la politique menée par Guy Lordinot est arrêtée. Tout doit disparaître. La Maison du Bèlè n’échappe pas à la règle. Le lieu, désormais reconnu de par le monde, ne fait plus partie des priorités de la Ville et sa Directrice, la fille du Maire sortant, doit disparaître. Je serai accusée de gaspiller l’argent du contribuable dans cette entreprise culturelle et de me payer grassement. Logiquement, c’est la sortie qui m’attend. Le festival Bèlè Mundo, arrivé à maturité et en constante évolution après 3 ans d’existence, est arrêté. Le programme régulier d’événements meurt. Le lieu perd de son authenticité. La volonté politique qui lui permettait d’exister n’est plus. 

La Maison du Bèlè redevient la maison de quartier qu’elle a jadis été. Sa ligne n’est plus très claire, il n’y a pas de vision à moyen terme. Un lieu mémoriel, lieu de célébration d’un art bien présent dans la Ville. Un beau gâchis.

Bientôt 10 ans depuis mon départ. Aujourd’hui, le lieu de culture est devenu lieu de joutes électorales. Les moman, à défaut de swaré bèlè, se font désormais sur la place Clarissa Jean-Philippe, au bourg de Sainte-Marie, une fois par mois. Quant à la Maison du Bèlè, il lui reste son nom. C’est l’endroit prestigieux où l’on veut présenter sa liste électorale et faire ses annonces politiques. Quelle ironie quand on pense que l’équipe en place a choisi de vilipender les efforts menés avant elle pour faire du lieu « La Maison du Bèlè »! Quel gâchis!

 

Audrey Lordinot

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